Ton relevé de carrière se consulte gratuitement sur info-retraite.fr, via FranceConnect : il liste tous tes trimestres validés et les salaires reportés année par année, tous régimes de retraite confondus. C'est le document de référence pour vérifier que ta future pension sera calculée sur des bases exactes — et il contient plus souvent des erreurs qu'on ne le croit.
Ce guide part du principe que tu as déjà commencé à dégager tes premiers euros chaque mois, et complète notre article sur préparer sa retraite à 30 ans avec un petit salaire : avant même de te projeter sur un PER ou une stratégie d'investissement, vérifier que ta carrière connue est exacte est la première étape, gratuite et souvent négligée.
Où et quand consulter ton relevé de carrière
Le site officiel info-retraite.fr regroupe l'ensemble de tes droits, quel que soit le nombre de régimes de retraite auxquels tu as cotisé au cours de ta carrière (salarié du privé, fonction publique, indépendant…). Tu peux t'y connecter à tout moment via FranceConnect, sans attendre qu'on te le propose, et consulter ta carrière sous forme de frise chronologique avec un code couleur qui repère en un coup d'œil les années complètes, incomplètes ou sans aucune donnée — plus simple à parcourir qu'un long relevé en PDF. Cela dit, la loi prévoit aussi un envoi automatique à certains âges, pour que personne ne passe à côté : dès 35 ans, le relevé de situation individuelle (RIS), qui liste tes trimestres et salaires, t'est envoyé automatiquement — puis à nouveau à 40, 45, 50 ans, et tous les 5 ans ensuite. À partir de 55 ans, une estimation indicative globale (EIG), avec un montant de pension estimé selon différents âges de départ, s'ajoute automatiquement à l'envoi. Et dès 45 ans, tu peux aussi demander un entretien information retraite, un rendez-vous avec un conseiller pour faire le point sur ta situation, sans attendre l'envoi automatique.
Rien ne t'empêche de vérifier ton relevé bien avant 35 ans : plus tu repères tôt une erreur, plus il est facile de la faire corriger.
Ce qu'il faut vérifier ligne par ligne
Les erreurs les plus fréquentes concernent d'abord des trimestres manquants, souvent liés à un job étudiant mal déclaré, une période de chômage ou un arrêt maladie non reporté. On trouve aussi des salaires mal enregistrés, qui faussent le calcul de ta pension puisqu'elle se base sur tes meilleures années de salaire, un employeur manquant dans l'historique — en particulier pour des contrats courts ou anciens — ou encore un congé parental non crédité, alors qu'il ouvre normalement droit à des trimestres.
Si tu repères une anomalie, la démarche dépend de ton âge : à partir de 55 ans, le service en ligne « Corriger ma carrière » te permet de signaler directement l'erreur depuis ton espace info-retraite.fr et de suivre son traitement ; avant 55 ans, il faut contacter directement la caisse concernée (coordonnées disponibles dans ton espace), en général par courrier accompagné de tes justificatifs — bulletins de salaire, attestations Pôle emploi devenu France Travail, etc. (source : L'Assurance retraite, 2026). Aucune loi n'impose de durée précise pour conserver tes bulletins de salaire, mais l'administration recommande de les garder sans limite de temps, au moins jusqu'à la liquidation de ta retraite (source : Service-Public.fr, 2026) — c'est justement ce type de justificatif qui permet de faire corriger une erreur des années, voire des décennies plus tard.
Ce qu'un trimestre manquant change vraiment pour ta pension
Le nombre de trimestres attendu dépend précisément de ton année, et parfois de ton mois de naissance — ce barème a d'ailleurs été révisé pour les retraites prenant effet à partir du 1er septembre 2026, suite à la suspension d'une partie de la réforme des retraites de 2023 : 170 trimestres pour les personnes nées en 1964 ou entre janvier et mars 1965, 171 trimestres pour celles nées entre avril et décembre 1965, et 172 trimestres (43 ans) à partir de la génération 1966 (source : L'Assurance retraite, 2026). En dessous de ce seuil, un trimestre manquant se traduit soit par une pension réduite (la fameuse décote), soit par la nécessité de travailler plus longtemps pour l'atteindre. Il existe malgré tout un filet de sécurité : quel que soit ton nombre de trimestres validés, tu obtiens automatiquement une pension à taux plein à 67 ans — attention cependant, « taux plein » ne veut pas dire « pension maximale » : une carrière incomplète peut réduire le montant final même sans décote.
Un point utile à connaître si tu as connu des périodes de temps partiel, d'intérim ou de petits salaires : un trimestre n'est pas validé parce que tu as travaillé trois mois, mais parce que tu as touché un revenu soumis à cotisation au moins égal à un seuil fixé chaque année. Tu peux donc valider tes quatre trimestres de l'année en travaillant seulement quelques mois bien rémunérés, ou au contraire ne pas tous les valider malgré une activité étalée sur douze mois si les revenus restent trop faibles (source : L'Assurance retraite, 2026). Le maximum reste de quatre trimestres par année civile, quel que soit le nombre d'employeurs cumulés. Certaines périodes sans salaire — chômage indemnisé, maladie, maternité — peuvent aussi ouvrir des trimestres dits « assimilés », sous conditions : une bonne raison de plus de vérifier la nature de chaque ligne, pas seulement leur nombre.
L'exemple de Sylvie : trois trimestres retrouvés
Comme beaucoup d'agents d'entretien à petit salaire, prenons l'exemple de Sylvie, 47 ans — un portrait-type construit pour illustrer le mécanisme, pas un témoignage réel. Elle n'avait jamais consulté son relevé de carrière, pensant que « c'est automatique, la Sécu s'en occupe ». En le regardant enfin, elle découvre que trois trimestres d'un job étudiant, effectué il y a plus de 25 ans, n'ont jamais été reportés correctement. Avec ses anciens bulletins de salaire conservés par chance, elle fait corriger son relevé — trois trimestres de plus, qui compteront directement dans le calcul de sa future pension.
Ton premier geste, cette semaine
Connecte-toi sur info-retraite.fr avec FranceConnect et ouvre ton relevé de carrière, même si tu n'as encore reçu aucun envoi automatique. Vérifie qu'aucune période de ta vie professionnelle ne manque, en particulier tes tout premiers emplois — ce sont souvent les plus anciens qui contiennent des oublis.
Questions fréquentes
Faut-il attendre d'avoir 35 ans pour consulter son relevé de carrière ?
Non, tu peux le consulter à tout âge sur info-retraite.fr dès que tu as commencé à travailler — l'envoi automatique à 35 ans est un filet de sécurité, pas une date de départ obligatoire.
Comment corriger une erreur sur son relevé de carrière ?
Avant 55 ans, contacte directement la caisse concernée avec tes justificatifs (bulletins de salaire, attestations d'employeur ou de France Travail). À partir de 55 ans, le service en ligne « Corriger ma carrière », accessible depuis ton espace info-retraite.fr, permet de signaler l'anomalie et de suivre son traitement.
Que montre l'estimation indicative globale (EIG) ?
Elle donne une estimation du montant de ta future pension selon différents âges de départ possibles, à partir de ta carrière connue à ce jour. Elle est envoyée automatiquement à partir de 55 ans, en complément du relevé de carrière classique.
Que faire si un ancien employeur a disparu et que je n'ai pas de justificatif ?
Rassemble tout document disponible (contrat de travail, attestation Pôle emploi devenu France Travail, avis d'imposition mentionnant les revenus concernés) et transmets-le à ta caisse de retraite via info-retraite.fr : une régularisation reste souvent possible sans le bulletin de salaire original.
Le relevé de carrière tient-il compte de tous mes emplois, même à temps partiel ou en intérim ?
Oui, en principe tous les emplois salariés cotisés apparaissent, quel que soit le temps de travail ou le type de contrat — c'est justement pour ça qu'il vaut la peine de vérifier ligne par ligne, ces parcours étant plus exposés aux oublis administratifs.
Combien de trimestres faut-il pour partir à taux plein ?
Depuis la révision applicable aux retraites prenant effet à partir de septembre 2026 : 170 trimestres pour les personnes nées en 1964 ou au premier trimestre 1965, 171 pour celles nées entre avril et décembre 1965, et 172 (43 ans) à partir de la génération 1966. Ces règles peuvent encore évoluer — mais quel que soit ton nombre de trimestres validés, tu obtiens automatiquement le taux plein à 67 ans.
Le mot de Filipo
Pendant des années, je me suis dit que la retraite, c'était un sujet pour plus tard, un problème que je réglerais « quand je serais vieux ». Le jour où j'ai enfin ouvert mon relevé de carrière, ce n'était pas tant les erreurs qui m'ont marqué — c'était de réaliser à quel point j'ignorais tout de ma propre situation. Dix minutes de vérification aujourd'hui peuvent t'éviter une mauvaise surprise dans vingt ou trente ans. Ce n'est pas passionnant, mais c'est l'un des gestes les plus utiles que tu puisses faire pour toi-même.